Deux évolutions récentes remettent la location de fauteuil au centre des discussions dans la coiffure suisse.
En octobre 2024, Blick a présenté un modèle de coworking beauté dans lequel l'exploitante encaissait les paiements des clients, fournissait les produits et un système de réservation en ligne, déduisait les frais de poste de travail et d'assurances sociales, puis versait le solde. Damien Ojetti, président central de Coiffure Suisse, avait qualifié ce modèle de zone grise juridique. Selon Blick, Coiffure Suisse ne soutenait pas ce type de modèle dans le cadre légal alors en vigueur.
Le 2 mars 2026, Coiffure EU et UNI Europa ont publié un avertissement commun au sujet de la location de fauteuil utilisée pour dissimuler un emploi. Le document citait le contrôle des prix, des horaires ou des produits par le salon comme signaux possibles et affirmait que le salariat devait rester le modèle dominant dans les salons. Coiffure Suisse est membre de Coiffure EU. Son président central, Damien Ojetti, y figure comme trésorier et membre du comité.
Le 26 mai 2026, Coiffure Suisse a ensuite annoncé un changement d'adhésion que M. Ojetti a qualifié de «petite révolution» dans la Schweizerische Gewerbezeitung du 12 juin. Les professionnels louant un fauteuil ou travaillant dans un espace de coworking peuvent devenir membres, à condition d'exercer une activité réellement indépendante et d'être reconnus comme tels par la caisse de compensation AVS compétente.
Ces positions tracent la même ligne essentielle. Une véritable activité indépendante est légitime. Un emploi sous un autre nom ne l'est pas. La décision de mai a ouvert l'association aux locataires dont l'indépendance a été reconnue par la caisse de compensation AVS compétente. Elle n'a pas validé les arrangements dans lesquels le salon continue à agir comme l'employeur dans les faits.
La question pratique devient donc plus urgente: où se situe la frontière entre une entreprise indépendante et une personne qui assume le risque alors que le salon contrôle encore son travail?
Ce que The Good Barbers a constaté
Le 24 septembre 2026, The Good Barbers a achevé une étude nationale de 93 modèles distincts de location de fauteuil. L'analyse réunit 89 offres publiques et cinq exemples de fonctionnement que nous connaissons directement, avec un chevauchement compté une seule fois. Toutes les autres entreprises restent anonymes.
Nous avons effectué des recherches en allemand, français, italien et anglais sur les sites de salons, les réseaux sociaux, les annuaires associatifs, les sites de petites annonces, les plateformes spécialisées et les portails immobiliers, notamment Homegate, ImmoScout24 et Flatfox.
Une offre a été retenue lorsqu'elle avait été publiée entre le 24 septembre 2024 et le 24 septembre 2026, ou lorsqu'une offre non datée était publiquement accessible le 24 septembre 2026. Une annonce reste pertinente après son expiration ou l'attribution de la place: elle établit qu'un salon a recherché un locataire de fauteuil pendant la période étudiée.
Nous avons codé uniquement les indicateurs cités dans la FAQ de la CP Coiffure ou à l'annexe III de la CCT en vigueur.
LE RÉSULTAT PRINCIPAL
44% des modèles décrivaient ou montraient au moins un indicateur cité officiellement.
Un indicateur justifie d'examiner la relation. Il ne constitue pas une conclusion juridique.
Les signaux que nous avons relevés
Il ne s'agit pas de constats de fausse indépendance. Ce sont des caractéristiques que les propres documents de la branche jugent pertinentes lorsqu'une relation de travail est évaluée. Une annonce publique ne permet pas de savoir si une caractéristique est ensuite devenue une obligation contractuelle. Une observation directe ne remplace pas non plus la décision de l'autorité compétente. Un seul fait ne détermine pas le statut. C'est l'ensemble du fonctionnement qui compte.
Un modèle comprenait la prise de rendez-vous par téléphone, les remplacements pendant les vacances et l'assistance au salon, avec le choix entre un loyer fixe et une participation au chiffre d'affaires. D'autres intégraient le locataire à l'équipe ou à la marque du salon, limitaient les périodes d'accès ou fournissaient les produits et les outils du salon.
Les 89 offres publiques ne donnaient souvent pas assez d'informations pour évaluer l'indépendance. Seules six précisaient que le locataire fixait ses propres prix. Dans 83 offres, l'auteur de la tarification n'était pas indiqué. 80 ne précisaient pas qui gérait les réservations, 78 qui encaissait le paiement du client et 86 ne montraient aucune reconnaissance AVS pour l'activité annoncée. Une information absente a toujours été codée comme «non indiquée», jamais comme un contrôle exercé par le salon.
Pourquoi ce sujet nous concerne personnellement
Nous ne sommes pas partis d'une théorie. Nous sommes partis de ce que nous observons dans notre métier.
«Nous avons vu des barbiers expérimentés quitter un emploi pour louer un fauteuil une fois qu'ils avaient construit des relations solides avec leur clientèle. Cela nous a amenés à chercher si la location de fauteuil signifie toujours une véritable indépendance ou si certaines personnes restent salariées dans les faits, sauf dans le nom.»
Ces questions sont concrètes. Elles concernent les barbiers qui assument le risque, les salons qui emploient correctement leur personnel et les clients qui peuvent raisonnablement penser que toutes les personnes travaillant sous un même nom appartiennent à la même entreprise.
«Chez The Good Barbers, nos barbiers sont salariés. Nous assumons le coût des salaires, des vacances, des assurances, de la formation et des heures creuses. Un véritable indépendant doit garder la maîtrise de son entreprise. Un contrat de location ne devrait pas servir à transférer le risque d'un employeur à la personne qui tient les ciseaux.»
Ce que disent les règles officielles
Les directives fédérales actuelles sur le salaire déterminant AVS sont directes. Dans la partie consacrée à la coiffure, elles indiquent que les personnes qui sous-louent un fauteuil de coiffure sont considérées comme salariées du point de vue de l'AVS.
L'organisation réelle reste néanmoins déterminante. La caisse de compensation AVS décide du statut au cas par cas. Les directives générales considèrent notamment l'identité commerciale publique, le risque économique, la liberté d'organiser le travail et l'activité pour plusieurs clients ou mandants.
La FAQ de la CP Coiffure transpose la question dans la pratique du salon. Elle cite les obligations liées aux heures d'ouverture, l'aide apportée à la clientèle du salon, la déclaration du chiffre d'affaires et l'agenda commun comme motifs de soupçon de fausse indépendance. La CCT cite également l'intégration dans un salon existant, les restrictions d'horaires, les instructions du salon, l'utilisation de son infrastructure et une interdiction de concurrence après la location parmi les caractéristiques typiques d'un emploi.
Coiffure Suisse et la CP Coiffure sont deux organismes distincts aux rôles étroitement liés. Coiffure Suisse est l'association patronale et l'une des parties à la CCT avec Unia et Syna. La CP Coiffure est la commission paritaire constituée par ces partenaires pour administrer et appliquer la CCT. Coiffure Suisse participe donc à sa composition, mais la commission n'est pas simplement un autre nom de Coiffure Suisse.
C'est pourquoi un contrat intitulé «location de fauteuil» ne suffit pas à répondre à la question. Le fonctionnement réel est déterminant.
Ce que les contrôles de 2025 disent à la branche
Le rapport d'une page envoyé par la CP Coiffure pour 2025 montre l'ampleur du travail qui reste à accomplir pour l'ensemble de la branche.
Les deux catégories d'écarts se chevauchent et ne peuvent donc pas être additionnées. Les chiffres indiquent néanmoins que la prévention et le suivi comptent autant que le nombre de contrôles.
Des informations plus précises aideraient toute la branche à tirer des enseignements: quels problèmes reviennent le plus souvent, s'ils sont administratifs ou matériels, ce qui a été corrigé et si les mêmes problèmes réapparaissent.
Depuis le 1er janvier 2026, la contribution patronale annuelle est passée de CHF 100 à CHF 200. La CP Coiffure a expliqué que cette hausse devait financer le travail nécessaire à un nouvel objectif de nettement plus de 400 contrôles par an. Les chiffres effectifs du SECO apportent un contexte important: 436 contrôles d'employeurs de la coiffure avaient déjà été enregistrés en 2024, avant la hausse, contre 314 en 2025.
Source: annexes statistiques du SECO. L'objectif 2026 n'est pas un résultat achevé.
La branche avait donc déjà dépassé 400 contrôles une fois sous l'ancienne contribution. Cela ne dit pas si les contrôles de 2024 avaient la même profondeur ou le même coût, ni si ce niveau pouvait être maintenu chaque année. Une question utile reste ouverte pour le rapport complet de 2026: la contribution plus élevée apportera-t-elle une couverture plus régulière, des contrôles plus approfondis, un meilleur suivi ou une autre amélioration par rapport au niveau déjà atteint en 2024?
La CP Coiffure reçoit déjà les déclarations annuelles des employeurs. Les pages de réservation publiques pourraient compléter ce travail. Si davantage de professionnels peuvent être réservés sous le nom d'un salon que sa déclaration ne semble en expliquer, la CP pourrait demander comment chaque personne travaille au sein de l'entreprise. Un agenda commun, les prix, les paiements, la clientèle ou les produits peuvent indiquer les situations où une simple clarification serait utile. Zefix permet de confirmer l'entreprise juridique derrière le nom du salon.
Ce ne serait qu'un point de départ pour un examen humain. Un profil de réservation peut être ancien et un professionnel peut être réellement indépendant. Le but serait de concentrer le temps limité là où une clarification est la plus utile.
«Chez The Good Barbers, nous voulons des conditions équitables pour les salons, les salariés et les professionnels réellement indépendants.»
Ce qu'une information plus claire pourrait apporter
Davantage de contrôles sont utiles. Plus de détails sur leurs résultats pourraient aider toute la branche à progresser.
Les futurs rapports annuels pourraient présenter les constats les plus fréquents, leur gravité, les premiers cas et les récidives, les corrections ultérieures et le retour éventuel des mêmes problèmes. Séparer les contrôles ciblés d'un échantillon aléatoire stable aiderait aussi à comprendre si la conformité s'améliore dans l'ensemble du secteur.
La location de fauteuil n'est pas le problème en soi. L'objectif est d'assurer des conditions de travail équitables aux professionnels et une concurrence loyale entre les entreprises qui respectent les mêmes règles.
Lorsqu'un barbier est véritablement indépendant, cette indépendance devrait être visible dans la maîtrise des prix, des horaires, des réservations, des paiements, de la clientèle et de l'identité commerciale. Si le salon contrôle ces éléments, la personne ne devrait pas assumer le risque d'un employeur sans la protection d'un salarié.
Sources et méthode
L'analyse couvre 93 modèles distincts: 89 offres rendues publiques au cours des 24 mois précédant le 24 septembre 2026 et cinq exemples anonymisés connus directement par The Good Barbers, avec un chevauchement compté une seule fois. Seuls les indicateurs cités dans la FAQ de la CP Coiffure ou à l'annexe III de la CCT ont été retenus. Chaque modèle reste documenté dans le dossier de recherche.
- Télécharger la synthèse de l'étude au format CSV
- Déclaration commune des partenaires sociaux européens, 2 mars 2026
- Blick sur le coworking en salon et la position de Coiffure Suisse, 11 octobre 2024
- Communiqué de Coiffure Suisse, 26 mai 2026
- Page de membre de Coiffure Suisse auprès de Coiffure EU
- Entretien dans la Schweizerische Gewerbezeitung, 12 juin 2026
- FAQ de la CP Coiffure, état au 13 janvier 2026
- CP Coiffure sur l'objectif de contrôle 2026 et la contribution patronale
- CCT Coiffure 2024 à 2027
- Directives fédérales sur le salaire déterminant AVS, état au 1er mai 2026
- Annexe statistique du SECO 2025
Gilberto de la Fuente
The Good Barbers, Zurich


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